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Une victoire retentissante des libéraux lors des élections d’avant hier au Canada : quels enseignements à tirer comparativement à l’expérience marocaine du 04 sept.?

Une victoire retentissante des libéraux lors des élections d’avant hier au Canada : quels enseignements à tirer comparativement à l’expérience marocaine du 04 sept.?

Agé à peine de 43 ans, Justin Trudeau, fils d’un ancien Premier Ministre du Canada, a conduit le Parti libéral vers une victoire écrasante lors des élections fédérales du Lundi 19 octobre 2015, et ce après 10 ans au pouvoir des conservateurs.

Ce papier ne prétend pas faire une comparaison avec l’expérience marocaine du 04 septembre. Toutefois, il est de notre droit d’aspirer -nonobstant qu’il est trop tard pour toute une génération- à des lendemains meilleurs pour le paysage institutionnel politique, qui à chaque fois qu’il fait l’objet d’une réforme, des épines se dressent sur son chemin.

Pour cela, le présent article dresse un parallélisme des actes de l’élite politique dans les deux cas de figures (04 sept./Maroc vs 19 oct./Canada), et bien évidemment sans aucune prétention étant donné qu’il s’agit de contextes différents et de scrutins l’un communal/régional et l’autre fédéral. N’est-il pas dit que comparaison n’est pas raison.

Scrutin version 19 oct.2015

Avant le scrutin, les chefs des partis politiques se donnent à fond pour convaincre les canadiens de la faisabilité de leurs programmes politiques. Chiffres à l’appui, chaque parti priorise et argumente ses choix en fonction des grands défis et enjeux qu’ils soient économiques, sociaux, environnementaux ou sociétaux.

S’agissant des débats politiques télévisés dans les deux langues officielles du pays, ils représentent le moment fort pour les chefs des partis politiques pour convaincre les électeurs. La majorité de ces derniers suivent avec intérêt ces grands débats télévisés pour se faire une idée sur les programmes des partis politiques, et delà, ils font leur choix politique.

Axée sur un message fort, en l’occurrence « Changer ensemble », la plateforme politique du parti libéral vainqueur de ces élections, se veut un contrat moral entre les citoyens et le parti pour un programme dont le leitmotiv est le renforcement de la classe moyenne.

Dans le corpus de cette plateforme politique, le Parti libéral promet de booster l’économie et lancer un vaste chantier de mise à niveau des infrastructures du pays, de surcroit créateur d’emplois et de la richesse. Réduire les impôts et les taxes pour les familles de la classe moyenne et soutenir les étudiants sont les autres composantes du programme politique des libéraux.

A la minute qui suit l’annonce des résultats, le candidat au poste de Premier Ministre, le conservateur Stephen HARPER et le candidat néo-démocrate Tom MUCLAIR ont reconnus leur défaite, et chacun d’eux s’est donné les raisons de sa sortie des rails, comme disait-il, le chef des néo-démocrates, ou a assumé ses choix politiques pendant qu’il est au pouvoir comme le cas du chef des conservateurs, en ajoutant qu’il « accepts the Liberal government with no hesitation, expressing gratitude for his time in power ».

Scrutin version 04 sept.2015

D’emblée, convient-il de souligner la neutralité des autorités chargées de veiller sur le déroulement du scrutin, nonobstant, les quelques dérives qui dans leur majorité incombent à une classe politique avide de conquête de pouvoir.

S’agissant de la version du scrutin du 04 septembre, le logiciel de la campagne politique a puisé dans un jargon, le moins que l’on puisse dire, qu’il a fait son temps : une rhétorique au tour du triptyque islamiste, nationaliste, makhzen. Les quelques partis politiques, ayant conçu un programme politique, ont oublié pourquoi ils l’ont établi, et se sont livrés à une bataille ou tout est permis (diffamation, mensonge, violence verbale, etc.).

La croissance économique, le logement, l’emploi, la santé, l’école, la gouvernance et la transparence, les services urbains offerts aux marocains sont autant de questions qui sont restées sans réponse. Ni la campagne de 10 jours (meetings populaire, porte à porte, etc.) ni le passage à la télévision n’ont fait bouger le curseur sur l’échelle de l’offre politique.

Plutôt que de bâtir leurs campagnes électorales au tour de programmes politiques chiffrés et réalistes, les partis politiques et leurs dirigeants ont excellé dans un langage de dénigrement et ont, par voie de conséquence, vidé les quelques programmes de leur substance. Pire encore, certains partis de la majorité ont fait de certains choix politiques gouvernementaux un cheval de bataille alors qu’ils font campagne pour des élections régionales et communales.

Avec l’apparition des résultats, l’élite politique nationale excelle dans les arguments pour justifier sa défaite: neutralité négative de l’Etat, l’utilisation de l’argent, le poids des notables. Force est de constater, que des chefs de partis politiques ont versé dans une analyse fragmentée des résultats, en lieu et place d’une lecture agrégée.

En plus, les partis politiques ont fait miroiter les choix des citoyens lors de la constitution des bureaux des conseils régionaux, préfectoraux et provinciaux au point d’assister à des alliances à géométrie variable. Tantôt une partie de la majorité s’allie avec l’opposition, tantôt c’est l’opposition qui s’allie avec la majorité. Quelle place pour le choix fait par les électeurs dans ce marché boursier ouvert à leur insu. Ne peut-on rappeler que la légitimation des élus politiques passe par la volonté exprimée dans les urnes par les citoyens.

Dans l’attente de la réforme globale du code électoral faisant du suffrage universel direct (mairies et régions), et l’élaboration de la loi organique permettant de mettre en pratique les principes retenus dans les articles 13 et 14 de la constitution de 2011 à savoir la présentation des motions législatives et des pétitions, la démocratie locale, version 4 septembre, continuera à être bafouée par une classe politique en déphasage total par rapport à un électorat ayant déjà fait son choix irréversible pour une réelle démocratie locale.

Mostafa KHEIREDDINE

Urbaniste, Chercheur sciences de la ville

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