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La programmation urbaine, est le parent pauvre du management urbain de nos villes : la construction des trémies sur la rocade urbaine traversant Rabat, un cas parmi d’autres.

La programmation urbaine, est le parent pauvre du management urbain de nos villes : la construction des trémies sur la rocade urbaine traversant Rabat, un cas parmi d’autres.

L’injection d’un équipement dans l’armature urbaine n’est pas un acte qui relève de la simple programmation politique ou technique, mais au contraire, il s’agit d’un acte qui invite à la compréhension du fonctionnement de la ville et de ses composantes sociales et spatiales.

Un bel exemple de ce dysfonctionnement de la programmation est la mise en chantier de la construction de deux trémies à l’intersection des boulevards M. Benbarka et Ennakhil avec la rocade urbaine dans l’attente du lancement de la troisième à hauteur du Bd A. Bouabid.

Premier constat d’ordre général, la mise en chantier de la réalisation des deux trémies vient à quelques mois de l’achèvement de l’opération de mise à niveau de la rocade urbaine en termes d’aménagement paysager, création des giratoires, réseaux souterrains, signalisation, installation de lampadaires, pavage des allées. Soit des centaines de millions dhs qui sont parties en fumée dans un contexte économique difficile.

Dés lors, on ne peut comprendre cette attitude des gestionnaires de la ville qui excellent dans la programmation (politique) d’un équipement sans se soucier des conditions d’intégration économique, urbanistique, sociale et environnementale. Et ce n’est pour rien que les cas d’école des équipements non fonctionnels existent un peu partout dans nos villes : centres commerciaux multifonctionnels, gares routières, équipements communautaires, projets mutualisés public-privé, etc.

Il importe, donc, de prendre en compte, en amont, tous les intrants susceptibles d’influencer sur le cours de l’histoire de la réalisation de l’équipement (timing, alternatives, sécurité, habitudes sociales, etc.) afin d’assurer une intégration urbaine et sociale en douceur de l’équipement projeté, mais surtout de veiller sur sa durabilité socio-économique. Or, beaucoup d’exemples laissent penser que les gestionnaires de la ville (élus et techniciens) font fi de ces règles, nonobstant qu’elles constituent une gage de réussite de la programmation urbaine.

S’agissant du timing, les gestionnaires de l’aire métropolitaine de Rabat auraient pu, étant donné que la programmation des trémies accuse un retard de 8 à 10 ans, attendre la mise en service par la Société des Autoroutes du Maroc du segment autoroutier de contournement de Rabat. Et du coup, permettre à ce dernier d’absorber une part du trafic transitant par Rabat.

S’agissant des alternatives pour traverser Rabat Est-Ouest, la société chargée de la réalisation des travaux -et bien évidemment en accord avec le maitre d’ouvrage- n’a trouvé de mieux qu’un serpentin à l’image des files d’attente dans les aéroports pour connecter la ville avec son prolongement naturel le secteur 23 de hay riad, le quartier al boustane, et les villes de Temara et Hahoura.

Quant aux mesures de sécurité prises par les donneurs d’ordre, elles sont généralement réduites au strict minimum aussi bien dans les cas de petits que des grands projets dont la réalisation peut s’étaler sur des années. Pour la sécurité du chantier de la réalisation des trémies, en lieu et place de la réalisation de ponts aériens provisoires pour permettre aux piétons, essentiellement des écoliers, de traverser la rocade urbaine en toute sécurité, encore une fois, la société chargée du projet a opté pour un passage piéton sinusoïdal, certes protégé par des blocs de béton, mais à haut risque. Car beaucoup de personnes passent au travers pour ne pas faire le détour. Ce qui invite à redéfinir la place du citoyen dans la construction des projets urbains, à défaut de sa participation en amont, la prise en compte de ses modes de vie lors de la réalisation des projets.

S’agissant de la question sociale, élargir cette rocade en 2x3 ne doit en aucun cas faire perdre aux concepteurs la nécessité de réserver un couloir Bus sur cette rocade, avec des arrêts Temara-Hay Raid-Souissi-Yousoufia-Sala al jadida. Dans le cas contraire, on revient, d’ici quelques années, à la case de départ avec une congestion de la rocade par les grands taxis.

Si la réalisation d’un équipement ou une infrastructure à l’échelle d’une ville est plus que vitale, toutefois, sa programmation doit tenir compte des impératifs techniques, réglementaires, urbanistiques et sociaux, le plus en amont possible, qui rendent compte à des modes de vies des citoyens.

On ne peut le rappeler que l’urbanisme d’aujourd’hui appelle une approche globale de la ville intégrant toutes ses dimensions spatiales, sociales et économiques.

Mostafa KHEIREDDINE

Urbaniste, chercheur en sciences de la ville

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