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POUR DES AGENCES D'URBANISME 2.0

POUR DES AGENCES D'URBANISME 2.0

Au cœur du dispositif institutionnel de l’urbanisme, les Agences urbaines accompagnent l’encadrement urbanistique des territoires depuis plus de trois décennies.

Actuellement, avec un réseau de 30 Agences urbaines couvrant l’ensemble du territoire national, ces structures  ne cessent de s’imposer en tant qu’acteur de taille dans l’encadrement du processus d’urbanisation, et comme partenaire incontournable, dans la mise en œuvre des politiques publiques urbaines.

Depuis la création de la première Agence urbaine en 1984, en l’occurrence celle de Casablanca, ces Etablissements publics n’ont cessé d’évoluer et de s’adapter aux exigences de chaque phase de l’évolution du pays, aux mutations et dynamiques d’urbanisation, et aux différentes réformes politiques et juridiques, qu’a connues le Maroc.

A présent, ces Agences  sont en face d’un parcours à méditer, d’une expérience à évaluer, des pratiques à renouveler et des missions à repenser. 

Cet article est animé par l’ambition d’apporter un éclairage sur, d’abord, les acquis de cet outil d’ingénierie territoriale, ensuite, les contraintes qui pèsent de leur poids, et enfin, les défis que doivent relever les Agences urbaines pour un repositionnement stratégique dans un environnement institutionnel changeant.

 Des acquis indéniables dans l’accompagnement de l’encadrement urbanistique des territoires

De l’histoire de cet outil d’ingénierie territoriale, on retient trois générations. La première a été créée suite à des périodes de tension sociale (Casablanca en 1984, Fès et Agadir en 1992, Rabat et Marrakech en 1993), et qui dénote d’une volonté de l’Etat de prendre à bras le corps le développement urbanistique des villes métropoles dans un souci de régulation urbaine.

 S’agissant de la deuxième génération,  elle répondait à un besoin d’accompagner les villes capitales de régions issues du découpage régional de 1996. Il s’agit de la création de 10 Agences urbaines qui s’inscrivent dans une vision d’intermédiation urbaine. Puis vint une troisième génération, créée entre 2004 et 2013, soit 15 Agences urbaines de provinces, pour accompagner les pressions urbanistiques, mais surtout, pour quadriller l’armature nationale par une telle structure empruntée de l’expérience française.

 Tantôt décriée par les uns, tantôt sollicitée par les autres, l’expérience des Agences urbaines, est de l’avis de tous, très édifiante. On serait enclin de dire,  quel aurait été l’état de notre paysage urbain sans cet outil d’ingénierie territoriale, sachant au départ, les limites du management urbain de nos villes?

 Au-delà de la polémique des années 1990 au tour de cet outil, ces structures ne cessent de s’imposer, en tant qu’acteur de taille, dans l’encadrement du processus d’urbanisation, et comme partenaire actif dans le processus de la production de la ville.

En effet, par son appui technique aux collectivités territoriales et aux partenaires socio-économiques, l’Agence urbaine, a su, se positionner avec le temps comme un centre multidisciplinaire de ressources et de spécialistes chargés de la planification urbaine, l’anticipation des évolutions des territoires, la participation à la dynamique d’investissement, et par conséquent, à la création de la richesse et de la valeur durable à l’échelle du territoire de son intervention.

 A l’actif des Agences urbaines, des acquis indéniables en matière de production des documents d’urbanisme (38 Schémas Directeurs d’Aménagement Urbain, 737 Plans d’Aménagement, 801 Plans de Développement d’Agglomération Rurale), des études générales et spécifiques (Chartes architecturales et paysagères, plans verts, mobilité urbaine, impact du système dérogatoire en matière d’urbanisme, etc.). S’agissant de la gestion urbaine, les Agences urbaines instruisent une moyenne de 90000 dossiers d’autorisation de construction et de permis d’urbanisme par an, et accompagnent les collectivités territoriales en matière de redressement urbanistique et de territorialisation des politiques publiques urbaines.

Par ailleurs, les Agences urbaines ont développé une expertise, en matière de restructuration des quartiers en difficultés urbaines, d’accompagnement des opérations de renouvellement urbain, et de mise à niveau urbaine.

Sur un autre registre, reconnaissons-nous aux Agences urbaines, et à des degrés différentiés, leur investissement dans la modernisation des approches et outils, et l’implémentation de démarches dématérialisées pour des services en ligne.

Des contraintes qui pèsent de leur poids, et qui sont d’ordres politique, statutaire, manageriel, financier...

Véritables espaces de débat, de confrontation des idées et de co-construction des politiques publiques urbaines, les Agences urbaines ont subi, au fil des années, la pesanteur du politique, alors qu’elles devraient être des lieux neutres. Les empreintes de l’emprise politique sur l’outil peuvent être appréhendées à partir de plusieurs déterminants (critères à remplir par une agglomération pour prétendre à une Agence urbaine, vagues de nomination déstabilisantes pour l’institution, redéploiement à l’infini, etc.). En un mot, des limites entre le politique et le technique, de plus en plus difficiles à établir.

Sur le plan manageriel, les Agences  urbaines sont constamment soumises à l’épreuve des coups partis qu’elles doivent intégrer à l’acte de planifier. Et par voie de conséquence, elles sont confrontées à la difficile, voire impossible synchronisation des différents niveaux de la planification urbaine, en raison des divergences des intérêts locaux.

 Aussi, est-il important de souligner que le règlement statuaire qui régit les ressources humaines est le moins que l’on puisse dire est contraignant.  Dés lors, et depuis une décennie, les Agences urbaines ont de la difficulté à sédentariser le capital humain expérimenté face à un environnement compétitif sur certains profils.

 Quant à la raréfaction des ressources budgétaires, elle constitue, depuis quelques années, une épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête des responsables, et qui ne peut aider les Agences urbaines à réaliser leurs plans d’actions stratégiques. Ce qui se traduit par des fluctuations et des différences en matière de réponse aux attentes des acteurs urbains, notamment, au niveau de la production des documents d’urbanisme.

 Des défis à relever pour une Agence d’urbanisme 2.0.

Face à ces évolutions et contraintes, les Agences urbaines et les professionnels, s’interrogent sur leur positionnement et leurs missions. Ces interrogations, appellent, pour l’avenir, à se poser les questions suivantes :

            Quelle réforme juridique pour les missions existantes et celles émergentes des Agences           urbaines?

         Quelle réponse pour le phénomène de la métropolisation, et quels liens fonctionnels et opérationnels doivent-elles entretenir les Agences urbaines, entre les agglomérations, leur arrière-pays et leur contexte régional ?

       Quelle marge de manœuvre pour les Agences urbaines à la lumière d’une position imprécise entre la régulation et la régularisation de la fabrication urbaine ?

       Quelle place pour la planification urbaine intercommunale en dehors des périmètres d’intervention des Agences urbaines ? Cas de Rabat/Temara, Berrechid/Casablanca...

    Comment rendre l’intercommunalité et l’intersectorialité une réalité dans la planification urbaine à l'échelle des villes-capitales de région ?

 Ces défis, et tant d’autres, exigent de nécessaires réorientations organisationnelles et professionnelles pour permettre aux Agences urbaines de se repositionner afin d’accomplir leurs missions dans les meilleures conditions, et renouveler leurs pratiques professionnelles. Ce repositionnement ne découle pas de la seule nécessité de s’adapter aux exigences de l’évolution du pays, mais également du poids croissant des missions qui leurs sont dévolues.

Ainsi, le repositionnement recherché se veut une réaction au tournant que cristallise la conjugaison de trois actes politiques structurants pour l’ensemble du pays. Il s’agit de :

  • La nouvelle Constitution de 2011, porteuse d’un élan démocratique significatif, d’une volonté de réforme des structures d’encadrement politique et administratif du pays, et d’un esprit de réadaptation des instances en place avec les nouvelles exigences de la conjoncture ;
  • Le projet de régionalisation avancée qui vise à donner de nouvelles dimensions à l’instance régionale, dans la gestion des affaires du pays ainsi que dans le développement socioéconomique, à travers une forte implication dans la planification et la mise en œuvre des projets ayant un impact direct sur la population ;
  • L’accompagnement de la politique gouvernementale, résolument axée sur l’encadrement des systèmes urbains sous pression urbanistique, et l’implication dans les chantiers, longtemps restés à l’écart du fait urbain (renouvellement urbain, urbanisme commercial, mobilité urbaine, mixité urbaine, changement climatique...). 

Une fois accomplie, cette mue multidimensionnelle des Agences urbaines devrait être une occasion de dépassement des contraintes qui se sont accentuées lors de cette mandature, et conduira, à mon humble avis, à la naissance de l’Agence d’urbanisme 2.0.

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